Un jardin aux tiges sèches et au sol couvert : ce décor d’hiver cache bien plus qu’une réserve de graines
Les graines et les baies nourrissent les oiseaux, mais les feuilles mortes et les végétaux touffus abritent aussi des invertébrés et offrent des refuges. Du pinson au rougegorge, chaque espèce trouve ainsi des ressources différentes dans le même jardin.
L'essentiel
- Les épis secs offrent des graines, notamment aux pinsons.
- Feuilles mortes et touffes de graminées abritent des invertébrés recherchés par certains oiseaux.
- Les baies complètent les ressources quand la nourriture se raréfie.
- Un feuillage touffu ou des rameaux épineux procurent aussi un refuge.
Les épis secs nourrissent autrement que les touffes
Une graminée qui a séché n’a pas perdu tout intérêt pour les oiseaux. Ses épis portent encore des graines accessibles aux espèces granivores, notamment aux pinsons. Ce qui semble être une plante en fin de course reste donc une ressource alimentaire. Les cônes desséchés des échinacées et des rudbeckies jouent eux aussi ce rôle, tandis que la cardère sauvage attire particulièrement les chardonnerets.
Mais regardez aussi plus bas, entre les tiges et les feuilles. Des insectes, des araignées et d’autres invertébrés y trouvent un abri. Rougegorges et troglodytes mignons fouillent cette végétation pour les rechercher. Une même touffe offre ainsi deux ressources différentes : des graines à picorer et de petites proies à débusquer. Tous les oiseaux ne viennent donc pas y chercher le même repas.
Sous les feuilles mortes, une zone de chasse
Le tapis de feuilles fonctionne lui aussi comme un garde-manger, mais les oiseaux ne viennent pas manger les feuilles. Pour le rougegorge, qui recherche surtout des invertébrés au sol, dont des vers de terre, cet espace est une zone de chasse. La nourriture ne se trouve donc pas uniquement à hauteur de bec sur une branche : elle peut aussi être recherchée au ras du sol.
C’est pourquoi la LPO préconise de conserver, sous les arbustes, des endroits couverts de feuilles mortes ou de terre nue. Elle recommande également une végétation basse et touffue, utile pour circuler et se réfugier. Dans ce coin du jardin, le couvert végétal et le sol remplissent des fonctions complémentaires : l’un offre un abri, l’autre un terrain à explorer pour se nourrir.
Les baies prennent une place différente selon les oiseaux
Quand les ressources diminuent pendant la mauvaise saison, les fruits de certains arbustes complètent le menu. Le rougegorge, pourtant surtout amateur d’invertébrés, consomme alors aussi des baies, notamment les cenelles de l’aubépine. Les merles et les grives fréquentent, eux, le pyracantha et le sorbier des oiseleurs pour leurs fruits. Les baies du pyracantha peuvent rester présentes durant une bonne partie de l’hiver.
Toutes les grappes colorées n’ont toutefois pas la même valeur au même moment. Les oiseaux finissent parfois par manger celles du callicarpa, moins recherchées que d’autres. Quant au mahonia, sa fructification dépend beaucoup de l’espèce : elle peut survenir au printemps ou en été plutôt qu’en hiver. Une baie appréciée des oiseaux n’est pas non plus forcément comestible pour vous : celle du houx est toxique pour l’être humain.
Les arbustes offrent à la fois nourriture et protection
Un arbuste ne se résume pas aux fruits qu’il porte. L’aubépine associe des cenelles à une ramure dense dans laquelle le rougegorge peut s’abriter. Le pyracantha possède des branches épineuses qui protègent notamment contre les chats. Le houx conserve son feuillage, tandis que le mahonia offre lui aussi un couvert dense. Leur intérêt tient donc autant à leur structure qu’à leur éventuelle fructification.
Cette diversité explique l’intérêt d’une haie mélangée pour la biodiversité, plutôt que d’un alignement uniforme. Graines sèches, fruits, petites proies et refuges ne sont pas interchangeables. Ils répondent à des besoins différents, parfois chez le même oiseau : le rougegorge peut chasser au sol, compléter son alimentation avec des baies et trouver un abri dans les branches touffues de l’aubépine.