Le corps féminin en apesanteur : pour Sophie Adenot, le défi ne se situe pas seulement dans l’adaptation
Sophie Adenot décrit un corps à l’aise en apesanteur, mais un scaphandre peu adapté à sa morphologie. Son expérience distingue le confort ressenti dans l’ISS, l’adaptation physique et les efforts nécessaires pour travailler à l’extérieur.
L'essentiel
- Après huit mois dans l’ISS, Sophie Adenot décrit un confort physique particulier en apesanteur.
- Elle estime que les changements auxquels le corps féminin est habitué facilitent son adaptation.
- Pour ses sorties spatiales, elle a renforcé ses bras afin d’utiliser un scaphandre peu adapté à sa morphologie.
L’apesanteur vécue comme un confort physique
Passer huit mois dans la Station spatiale internationale transforme le rapport à son corps. Pour Sophie Adenot, astronaute de l’Agence spatiale européenne, cette expérience s’accompagne aussi de sensations agréables. Lors de sa conférence de presse du 2 novembre, elle a décrit un séjour débarrassé de plusieurs inconforts : ses jambes ne lui semblaient plus lourdes et elle ne ressentait ni ballonnements ni gonflement du ventre.
Ce qu’elle associe à l’apesanteur, c’est donc aussi un mieux-être très concret. Son récit ne porte pas seulement sur la capacité à accomplir une mission. Il parle du confort quotidien, de ces sensations corporelles qui peuvent peser sur une journée. Elle présente l’absence de ces désagréments comme un aspect positif de sa vie dans l’ISS, et non comme une difficulté supplémentaire à surmonter.
Une adaptation qu’elle rapproche des transformations du corps féminin
L’astronaute distingue deux sujets : être une femme dans son métier et avoir une physiologie féminine. Tout au long de sa carrière, elle explique avoir défendu l’absence de différence sur le premier point. Mais son expérience spatiale l’amène à souligner le second. À ses yeux, le corps féminin garde des particularités dans l’espace, et certaines peuvent rendre l’adaptation plus douce.
Son explication repose sur les transformations auxquelles ce corps est régulièrement confronté. Elle évoque les variations liées au cycle menstruel ainsi que celles d’une grossesse. Elle rapproche aussi sa propre expérience de grossesse de la durée passée en orbite : deux expériences qu’elle décrit comme transformatrices. C’est l’interprétation qu’elle donne de son vécu, plutôt qu’une règle permettant de prédire le ressenti de chaque astronaute.
Le scaphandre impose une autre forme d’effort
Se sentir bien en apesanteur ne règle pourtant pas toutes les contraintes du travail spatial. Sophie Adenot a réalisé trois interventions à l’extérieur de l’ISS pour y effectuer des réparations. Ces sorties extravéhiculaires exigent de porter un scaphandre. Or, elle juge celui qu’elle a utilisé insuffisamment adapté à la morphologie féminine. Le problème qu’elle décrit se situe ici dans l’équipement, et non dans son ressenti à bord.
Pour pouvoir s’en servir, elle explique avoir consacré beaucoup d’efforts au sport afin de développer ses biceps. La distinction compte : une adaptation ressentie comme douce n’exclut pas une préparation physique exigeante. Dans son cas, le renforcement des bras répondait notamment aux contraintes du scaphandre. Son témoignage montre ainsi pourquoi le confort dans la station et l’aisance pendant une réparation extérieure doivent être considérés séparément.
Une combinaison mieux adaptée, encore à éprouver
Sophie Adenot attend de tester une nouvelle combinaison de conception américaine, annoncée comme mieux adaptée. Elle rapporte des avis très favorables, mais ne connaît pas la date à laquelle elle pourra l’essayer. Il faut donc distinguer son attente enthousiaste de son expérience personnelle : elle a utilisé le scaphandre dont elle décrit les limites, pas encore celui dont elle espère une meilleure adaptation.
Son parcours fait apparaître deux dimensions complémentaires du travail en orbite. D’un côté, un corps qu’elle dit avoir senti particulièrement à l’aise dans l’espace. De l’autre, un matériel qui lui a demandé un entraînement musculaire soutenu. Pour comprendre la place des femmes dans ces missions, son expérience invite donc à regarder autant les sensations physiques que les équipements avec lesquels elles doivent travailler.